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N° 194
2007-I
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L'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de
la République le 6 mai 2007 a donné lieu à de nombreuses
comparaisons avec les deux empereurs, Napoléon Ier,
mais aussi Napoléon III, particulièrement à l'étranger.
Fait significatif, l'hebdomadaire britannique The Economist, dans
son numéro du 12 avril 2007, consacrait sa Une à Nicolas
Sarkozy, dont le visage apparaissait sur fond du célèbre
tableau de David, Bonaparte franchissant les Alpes. Et l'hebdomadaire
voyait dans le candidat de l'UMP une "chance pour la France". Les points
de comparaison entre les deux hommes sont incontestables, même s'il
faut se garder de vouloir trop se livrer au jeu des ressemblances à
deux siècles de distance. L'un et l'autre sont des chefs politiques
hyperactifs, perfectionnistes, cherchant à avoir un œil sur tout,
anxieux aussi, ce qui peut expliquer en partie leurs rapports complexes
avec les femmes. Le rapprochement entre Cécilia et Joséphine
s'impose à l'évidence. Il est évidemment trop tôt
pour aller plus loin dans la volonté de réforme, clairement
affichée par le nouveau président. L 'annonce d'une rupture,
y compris avec l'esprit de 1968, fait naturellement songer à la
volonté de Bonaparte d'en finir avec la Révolution, ce qui
ne l'empêchait pas d'employer nombre d'anciens conventionnels, comme
Nicolas Sarkozy de faire appel à d'anciens soixante-huitards.
Or c'est précisément dans le domaine de ce que l'on a appelé
"l'ouverture" que Nicolas Sarkozy chausse le mieux les bottes de Napoléon
Bonaparte, non pas celles de l'empereur, mais bien celles du Premier consul,
ce que, peut-être par hasard, The Economist a bien vu en
peignant Sarkozy sous les traits du général premier consul.
L'ambition manifestée par le nouveau président de la République
est de rallier à lui des personnalités politiques de l'opposition,
dans le but de dévitaliser le principal parti de l'opposition,
en le privant de ses chefs après lui avoir repris certaines de
ses idées. En ralliant jacobins, idéologues et royalistes,
Bonaparte avait souhaité se débarrasser de toute opposition,
mais en profitait aussi pour capter des idées de tout côté.
L'œuvre du Consulat, on l'a assez dit, est une synthèse, des projets
mûris sous la Révolution qui tient compte aussi des acquis
de l'Ancien Régime.
Certes, l'appel à l'opposition n'est pas nouveau sous la Ve
République. Le général de Gaulle en 1958 avait composé
un gouvernement de large union, comprenant des socialistes, des centristes
et des libéraux, de même qu'il s'était ensuite toujours
appuyé sur une aile sociale, représentée par les
gaullistes de gauche. Dans le même temps, il brocardait la "république
des partis", partis accusés de préférer leurs intérêts
propres à l'intérêt général. Incontestablement
Nicolas Sarkozy renoue avec ce gaullisme originel, lui-même assez
proche du bonapartisme comme plusieurs historiens, à l'image de
René Rémond, l'ont bien montré. La volonté
de passer par-dessus les partis, sinon d'en finir avec eux, s'accompagne
d'un dialogue permanent avec le peuple, une sorte d'appel au peuple, qui
se retrouve dans le projet de réforme constitutionnelle devant
permettre au président de s'adresser directement aux représentants
de la nation, tout comme le faisait Napoléon Bonaparte à
l'ouverture des assemblées. Cette volonté de rechercher
le consensus national est un autre trait qui rapproche le sarkozysme du
bonapartisme, ce qui devrait se traduire, en toute logique, par un recours
plus fréquent aux référendums.
De même, en composant les nouvelles élites gouvernementales,
Nicolas Sarkozy pratique l'amalgame entre hommes et femmes, entre Français
de souche et Français issus de l'immigration, tout comme après
dix ans de Révolution, Bonaparte avait cherché à
associer représentants des anciennes et des nouvelles élites,
noblesse d'Ancien Régime et bourgeoisie, car il savait que cette
fusion des élites serait un gage de stabilité pour le pays.
Comparaison n'est pas raison. Et nous mettions en garde, en commençant
sur le danger qu'il y aurait à vouloir aller trop loin dans ce
sens. Mais une question demeure posée. Ce rapprochement est-il
fortuit ? ou n'est-il pas la marque d'une culture politique, profondément
imprégnée du souvenir des années du Consulat, en
partie relue au prisme des premières années, fondatrices
elles aussi, de la Ve République.
Jacques-Olivier Boudon
Président de l'Institut Napoléon
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