N°
198
2009-I |
Le présent numéro de la Revue de l’Institut Napoléon fait une large place à
la guerre de la Péninsule ibérique, manière de contribuer au renouvellement des
études sur ce conflit qui a donné lieu, encore au cours de l’année 2009, à une
série importante de colloques. Ce n’est pas un hasard si la Commission internationale
d’Histoire militaire avait décidé de réunir son congrès annuel à Porto en
septembre 2009 et de le consacrer aux guerres de l’époque napoléonienne. Les
dizaines de contributions auxquelles ce congrès a donné lieu ont montré l’intérêt
soutenu et le renouveau des études en la matière à travers le monde.
Mais l’année 2009 a été aussi marquée par le bicentenaire de la guerre
contre l’Autriche, passé quelque peu inaperçu en France, mais qui a donné lieu
sur place à une importante exposition accompagnée d’un colloque international
sur la question. Mais parmi les événements consécutifs au traité de Schönbrunn
du 14 octobre 1809, c’est incontestablement la création des Provinces illyriennes
qui aura suscité le plus d’attention. La Croatie et la Slovénie, deux des principaux
pays héritiers de ces Provinces, dont une partie se trouve également
aujourd’hui en Autriche, en Italie et au Monténégro, se sont employés à faire
revivre cette période de leur histoire. Deux expositions ont été organisées en
Slovénie, tandis que l’Académie des sciences de Zagreb organisait en partenariat
avec l’université de Zadar un grand colloque sur la Croatie à l’époque des
Provinces qui a réuni une quarantaine d’intervenants parmi lesquels une douzaine
de Français. L’Institut Napoléon était représenté par plusieurs de ses
membres, sous la conduite de son président d’honneur, Jean Tulard. Ce dernier
était également présent lors de la cérémonie organisée à l’Arc de Triomphe en
l’honneur des soldats croates tombés pendant les guerres napoléoniennes.
L’intérêt porté par la Slovénie et la Croatie à la création des Provinces illyriennes
peut surprendre. Après tout, l’expérience n’a duré que quatre ans et si
des réformes ont été engagées sur place (administration, voiries, éducation), la
présence française s’est aussi accompagnée d’une occupation d’autant plus difficile
à supporter que Napoléon avait bien précisé qu’il n’entendait pas qu’elle
lui coûtât un sou. Pourtant la période a marqué les esprits, comme en attestent
par exemple la statue dédiée à Napoléon à Ljubljana ou les noms de rues rappelant
le souvenir de la présence française, par exemple la rue Marmont de Split,
l’image du maréchal Marmont restant très positive dans la région alors qu’elle a
été ternie en France par sa "trahison" de 1814. Mais l’intérêt pour ce bicentenaire
est aussi très lié au contexte politique. La Slovénie et la Croatie, devenues
indépendantes à la suite de l’éclatement de la Yougoslavie, sont à la recherche
d’une identité qui passe aussi par l’histoire. Or rappeler le souvenir des Provinces
illyriennes, c’est aussi chercher à s’arrimer à l’Europe. Certes la Slovénie
est membre de l’Union européenne alors que la Croatie aspire à y entrer, mais
les deux pays ont utilisé l’occasion du bicentenaire comme avant eux la République
tchèque, la Slovaquie, et même la Saxe, partie de l’ancienne Allemagne
de l’Est, l’avaient fait, en cherchant à mettre l’accent sur une histoire commune,
même si elle fut conflictuelle, partagée avec les pays d’Europe occidentale,
notamment la France. C’est aussi une façon de se dégager de la tutelle de quarante-
cinq ans de communisme.
L’essentiel est évidemment que ces commémorations aboutissent à une
meilleure connaissance de la période et débouchent sur des travaux scientifiques
de qualité. Après les souvenirs du soldat Pajk, la Collection de l’Institut Napoléon
accueillera une série d’étude du professeur Zwitter, grand spécialiste des
Provinces illyriennes, pour la plupart inédites en français. Enfin l’Institut Napoléon
sera l’un des chevilles ouvrières du grand colloque international qui sera
organisé en mai 2010, en partenariat avec la Sorbonne et le Musée de l’Armée,
et en publiera les actes.
Jacques-Olivier Boudon
Président de l'Institut Napoléon
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