La dysplasie des genoux désigne, dans la grande majorité des cas, une dysplasie fémoro-patellaire : une anomalie de forme, souvent présente dès la naissance, de l’articulation entre la rotule (patella) et le bas du fémur. Le plus souvent, c’est la trochlée fémorale, la petite gorge où glisse la rotule, qui est trop plate, voire bombée. La rotule est alors moins bien guidée et peut devenir instable, se déboîter ou provoquer des douleurs à l’avant du genou. Ce n’est pas une maladie grave en soi : beaucoup de personnes vivent avec sans le savoir. Le diagnostic repose sur l’examen clinique et l’imagerie, et la rééducation reste le premier traitement.
- Définition : anomalie morphologique de l’articulation fémoro-patellaire, surtout de la trochlée fémorale.
- Signes possibles : sensation de genou qui lâche, rotule qui se déplace en dehors, douleur à l’avant du genou.
- Diagnostic : radiographie de profil strict, complétée si besoin par scanner ou IRM.
- Prise en charge : kinésithérapie en priorité, chirurgie réservée aux instabilités répétées ou invalidantes.
Dysplasie des genoux : de quoi parle-t-on exactement ?
Le terme peut prêter à confusion, car il n’existe pas une seule « dysplasie du genou ». Les chirurgiens orthopédistes l’emploient surtout pour décrire un ensemble d’anomalies anatomiques qui fragilisent la stabilité de la rotule. On parle aussi de dysplasie rotulienne, de dysplasie trochléenne ou d’instabilité patellaire, selon l’élément qui pose problème. Ces anomalies se combinent souvent entre elles, ce qui explique que deux personnes porteuses d’une même dysplasie puissent avoir des symptômes très différents.
La dysplasie de la trochlée fémorale, anomalie centrale
Dans un genou habituel, la trochlée est concave : elle forme un rail creux qui retient la rotule lors de la flexion. En cas de dysplasie trochlée, ce rail est peu profond, plat, voire convexe. Lorsque le genou commence à se plier, entre 0 et 30 degrés environ, la rotule n’est presque plus contenue par l’os et ne compte que sur les tissus mous (ligaments, muscles) pour rester en place. C’est précisément dans cette zone de début de flexion que surviennent la plupart des épisodes d’instabilité.
Rotule haute, bascule et autres facteurs d’instabilité
La trochlée n’est pas seule en cause. Plusieurs facteurs associés sont recherchés lors du bilan :
- La rotule haute (patella alta) : positionnée trop haut, elle s’engage tardivement dans la trochlée.
- La bascule rotulienne : la rotule penche vers l’extérieur au repos, signe d’un déséquilibre des tensions.
- Une distance TA-GT augmentée : la tubérosité tibiale, point d’attache du tendon rotulien, est trop décalée en dehors, ce qui tire la rotule latéralement. Au-delà d’environ 20 mm au scanner, la valeur est considérée comme anormale.
- Les troubles d’axe des membres inférieurs : un genou en X accentue la traction externe sur la rotule.
Sur ce dernier point, l’article consacré au Genu valgum détaille comment un axe en valgus évolue de l’enfance à l’âge adulte et quand il mérite un avis spécialisé. Une hyperlaxité ligamentaire généralisée ou une faiblesse musculaire de la hanche peuvent aussi aggraver la situation.
Symptômes d’une dysplasie fémoro-patellaire : instabilité de la rotule et douleurs
Une dysplasie fémoro-patellaire peut rester totalement silencieuse. Elle se révèle souvent à l’adolescence ou chez le jeune adulte, fréquemment lors d’un mouvement de pivot : changement de direction au football, réception de saut, danse, ski. Les manifestations les plus courantes sont les suivantes.
La luxation de la rotule est le symptôme le plus spectaculaire : la rotule sort complètement de la trochlée, en dehors, et le genou se bloque en légère flexion. Elle se remet parfois seule en tendant la jambe, parfois aux urgences. La subluxation est un déplacement partiel, vécu comme un « déboîtement » furtif. Viennent ensuite les dérobements, ces moments où le genou semble lâcher sans prévenir, et l’appréhension, une crainte instinctive lors de certains gestes.
Des douleurs antérieures du genou sont également fréquentes : gêne en montant ou descendant les escaliers, en position accroupie ou assise longtemps jambes pliées (le fameux « signe du cinéma »). Un gonflement peut suivre un épisode d’instabilité. Après une première luxation, il arrive qu’un fragment de cartilage ou d’os se détache, ou que le ligament fémoro-patellaire médial s’arrache avec une petite pastille osseuse : la page sur l’Arrachement osseux explique ce type de lésion et les signes qui doivent alerter. Un genou très gonflé, bloqué ou impossible à mettre en charge justifie une consultation rapide.
Comment le diagnostic de dysplasie du genou est posé
Le médecin commence par l’interrogatoire (circonstances, nombre d’épisodes, antécédents familiaux) puis examine le genou : mobilité de la rotule, test d’appréhension, trajectoire de la rotule pendant la flexion, axe des jambes, souplesse générale. L’imagerie confirme ensuite l’anomalie et mesure les facteurs de risque.
| Examen | Ce qu’il permet de voir |
|---|---|
| Radiographie de profil strict | Le signe du croisement (la ligne du fond de la trochlée croise le bord des condyles), l’éperon sus-trochléen, le double contour, la hauteur de la rotule |
| Radiographie de face et incidence axiale | L’état général de l’articulation, la position et la bascule de la rotule |
| Scanner | La mesure de la distance TA-GT, la bascule rotulienne, l’analyse fine de la forme de la trochlée |
| IRM | Le cartilage, les ligaments (dont le ligament fémoro-patellaire médial), les lésions après une luxation, sans irradiation |
Le profil strict, avec superposition parfaite des deux condyles fémoraux, reste l’examen de base : un cliché mal orienté peut masquer ou simuler une dysplasie. L’IRM est de plus en plus utilisée, notamment chez les jeunes, car elle évalue à la fois l’os, le cartilage et les tissus mous.
Classification de Dejour : les 4 stades de la dysplasie de la trochlée
Les spécialistes français s’appuient largement sur la classification proposée par l’école lyonnaise (Henri et David Dejour). Elle aide à décrire la sévérité de l’anomalie et à orienter la discussion thérapeutique, sans résumer à elle seule la décision.
| Stade | Aspect de la trochlée | Sévérité |
|---|---|---|
| A | Trochlée peu profonde mais de forme conservée, signe du croisement présent | Légère |
| B | Trochlée plate ou convexe, avec éperon sus-trochléen | Marquée |
| C | Asymétrie des facettes, facette interne peu développée, double contour | Marquée |
| D | Association de l’éperon, du double contour et d’une « falaise » entre les facettes | Sévère |
Un stade A isolé, sans autre facteur, est souvent bien toléré. Les stades B et D sont ceux où la trochlée retient le moins la rotule et où une correction osseuse peut être discutée en cas d’échec des autres approches.
Traitements de la dysplasie des genoux : la rééducation en première intention
On ne « répare » pas la forme d’une trochlée avec des exercices. En revanche, on peut nettement améliorer le contrôle de la rotule et diminuer les épisodes d’instabilité. Après une première luxation sans lésion grave, la prise en charge est presque toujours conservatrice : courte période de protection, glace, parfois une attelle, puis kinésithérapie.
Le programme vise plusieurs objectifs, à adapter par le kinésithérapeute :
- renforcer le quadriceps, en particulier le vaste médial, d’abord sans charge puis progressivement en charge ;
- travailler les muscles de la hanche (moyen fessier, rotateurs externes), qui limitent la rotation interne du fémur et le valgus dynamique ;
- entretenir la souplesse des ischio-jambiers, du droit fémoral et de la bandelette ilio-tibiale ;
- développer la proprioception et le contrôle du genou lors des réceptions et des pivots ;
- reprendre le sport par paliers, avec des critères de force et de confiance plutôt qu’un délai fixe.
Une genouillère rotulienne peut rassurer lors de la reprise, mais elle ne remplace pas le renforcement. Les antalgiques et anti-inflammatoires servent à passer un cap douloureux, sur avis médical. Quant aux injections, elles ne traitent pas l’instabilité : elles relèvent plutôt des douleurs liées à une usure du cartilage. Pour comprendre leurs délais et leurs limites, voir Infiltration genou durée d’action.
Chirurgie de l’instabilité patellaire : MPFL, tubérosité tibiale, trochléoplastie
Une intervention est envisagée surtout en cas de luxations répétées, d’instabilité qui gêne la vie quotidienne malgré une rééducation bien conduite, ou de lésion cartilagineuse ou osseuse à fixer. Le chirurgien choisit à la carte, selon les anomalies mesurées :
- Reconstruction du ligament fémoro-patellaire médial (MPFL) : geste le plus courant, il recrée le « frein » interne de la rotule à l’aide d’un greffon tendineux.
- Transposition de la tubérosité tibiale antérieure : déplacement de l’attache du tendon rotulien pour corriger une TA-GT excessive ou abaisser une rotule haute.
- Trochléoplastie : recreusement de la trochlée, réservé aux dysplasies sévères, car c’est une chirurgie plus lourde.
La récupération se compte généralement en mois, avec une reprise des sports de pivot rarement avant six mois. Les résultats sont globalement bons sur la stabilité, mais chaque situation se discute avec un chirurgien spécialisé du genou.
Dysplasie genou chez l’enfant, l’adolescent et le sportif
Chez l’enfant et l’adolescent dont les cartilages de croissance sont encore ouverts, certaines techniques osseuses sont évitées ou adaptées pour ne pas perturber la croissance. Le risque de récidive après une première luxation est plus élevé dans cette tranche d’âge, surtout en présence d’une dysplasie marquée et d’une rotule haute, d’où l’intérêt d’un bilan précis plutôt que d’une simple attente.
Chez le sportif, la question centrale est le type de pratique. Les activités en ligne (vélo, natation, course sur terrain régulier) sont souvent bien tolérées. Les sports avec pivots, contacts ou réceptions (football, handball, basket, ski) sollicitent davantage la rotule et demandent une préparation spécifique. La dysplasie touche plus souvent les femmes, avec une composante familiale fréquente : si un parent a connu des luxations de rotule, il est utile de le signaler.
Poids, activité physique et dysplasie des genoux : ce qui aide vraiment
Le surpoids ne crée pas une dysplasie, mais il augmente les contraintes sur l’articulation fémoro-patellaire, notamment dans les escaliers et les flexions. Chaque kilo en moins allège la pression sur le cartilage rotulien, ce qui peut réduire les douleurs à long terme. Une perte de poids progressive, associée à une activité physique régulière et adaptée, constitue donc un vrai levier de confort. Elle ne modifie pas la forme de la trochlée et n’empêche pas à elle seule une luxation, d’où l’importance de combiner gestion du poids et renforcement ciblé. Des activités comme la marche, l’aquagym ou le vélo d’appartement à faible résistance permettent de bouger sans malmener la rotule.
Erreurs fréquentes face à une dysplasie fémoro-patellaire
Plusieurs réflexes, pourtant répandus, compliquent l’évolution :
- Banaliser une première luxation parce que la rotule est « revenue toute seule » : un bilan d’imagerie permet de vérifier l’absence de fragment cartilagineux ou osseux.
- Arrêter toute activité par peur : l’immobilité affaiblit le quadriceps et entretient l’instabilité.
- Compter uniquement sur une genouillère, sans programme de renforcement.
- Reprendre le sport de pivot trop tôt, sur la seule disparition de la douleur.
- Arrêter la rééducation dès les premiers progrès, alors que l’entretien musculaire doit se poursuivre dans la durée.
- S’inquiéter d’un compte rendu mentionnant une dysplasie de stade A découverte par hasard, sans aucun symptôme : elle ne nécessite le plus souvent aucun traitement.
Les réponses ci-dessous complètent les interrogations les plus courantes autour de ce diagnostic.
La dysplasie des genoux est-elle héréditaire ?
Une composante familiale est fréquente : la forme de la trochlée et la hauteur de la rotule se transmettent en partie. Avoir un parent concerné augmente la probabilité d’être porteur, sans rendre les symptômes certains.
Peut-on faire du sport avec une dysplasie de la trochlée ?
Oui, dans la plupart des cas. Les sports sans pivot sont généralement bien supportés. Pour les sports à changements de direction, un renforcement préalable et un avis médical sont recommandés, surtout après une luxation.
Une dysplasie fémoro-patellaire évolue-t-elle vers l’arthrose ?
Le risque d’usure du cartilage rotulien est plus élevé, en particulier après des luxations répétées. Stabiliser la rotule et entretenir la musculature contribuent à limiter cette évolution, qui n’est pas systématique.
Faut-il forcément opérer après une luxation de la rotule ?
Non. Après une première luxation sans lésion associée importante, la rééducation est la règle. La chirurgie est discutée en cas de récidives, d’instabilité persistante malgré la kinésithérapie ou de fragment à fixer.
Une genouillère suffit-elle à stabiliser la rotule ?
Elle apporte surtout un sentiment de sécurité et un rappel proprioceptif. Utile ponctuellement, elle ne corrige ni la forme de la trochlée ni la faiblesse musculaire, qui se travaille en rééducation.
Information mise à jour en novembre 2026, à visée générale. Elle ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’un chirurgien orthopédiste ou d’un kinésithérapeute, seuls à même d’évaluer votre situation.