Grande saphène : anatomie, rôle et maladies de la veine saphène interne

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La grande saphène, aussi appelée veine grande saphène ou saphène interne (great saphenous vein en anglais), est la veine superficielle la plus longue du corps humain. Elle naît sur le dos du pied, passe devant la malléole interne, longe la face interne de la jambe et de la cuisse, puis se jette dans la veine fémorale au pli de l’aine. Elle ramène vers le cœur le sang de la peau et des tissus superficiels du membre inférieur. Quand ses valvules ne ferment plus correctement, elle devient la principale responsable des varices.

Ce nom apparaît souvent sur un compte rendu d’écho-Doppler, lors d’un bilan de varices ou avant un pontage coronarien. Il désigne pourtant une structure assez simple à situer : un long vaisseau qui court sous la peau, de la cheville jusqu’à l’aine. Comprendre son trajet, son fonctionnement et ses faiblesses aide à mieux lire un examen, à poser les bonnes questions en consultation et à repérer les situations qui demandent un avis rapide.

Qu’est-ce que la grande saphène ? Définition et place dans le réseau veineux

Les veines de la jambe se répartissent en deux réseaux. Le réseau profond, logé entre les muscles, assure l’essentiel du retour du sang vers le cœur, de l’ordre de 90 %. Le réseau superficiel, situé entre la peau et l’aponévrose musculaire, draine la peau et le tissu graisseux. Les deux communiquent grâce à des veines perforantes.

Au sein du réseau superficiel, deux axes dominent : les veines saphènes. La grande veine saphène occupe la face interne du membre, la petite saphène la face arrière du mollet. Le mot saphène viendrait du grec saphênês, « visible », parce que ce vaisseau se devine parfois sous la peau. Une nomenclature anatomique internationale, adoptée au début des années 2000, recommande le terme « grande veine saphène » plutôt que « saphène interne », mais les deux expressions restent employées en France, y compris par les médecins.

Critère Grande saphène Petite saphène
Ancien nom Saphène interne Saphène externe
Origine Bord interne du dos du pied Bord externe du pied
Trajet Face interne de la jambe puis de la cuisse Face postérieure du mollet
Terminaison Veine fémorale, au pli de l’aine Veine poplitée, en général au creux du genou
Longueur La plus longue veine du corps Nettement plus courte

Trajet de la veine grande saphène, de la cheville à l’aine

Le parcours de la veine grande saphène suit des repères anatomiques constants, ce qui facilite son repérage à l’échographie comme au bloc opératoire :

  • Au pied : elle prend naissance à partir de la veine marginale médiale, qui collecte le sang du dos du pied.
  • À la cheville : elle passe juste devant la malléole interne. Cet emplacement superficiel et fiable explique qu’on l’ait longtemps utilisée pour poser une perfusion en urgence.
  • À la jambe : elle monte sur la face interne, accompagnée du nerf saphène, un nerf sensitif de la peau.
  • Au genou : elle contourne l’articulation par l’arrière du condyle interne du fémur.
  • À la cuisse : elle poursuit sa route sur la face interne, dans un dédoublement du fascia appelé compartiment saphène.
  • À l’aine : elle traverse un orifice nommé hiatus saphène et rejoint la veine fémorale, à environ trois ou quatre centimètres sous le pubis et légèrement en dehors.

À l’écho-Doppler, la veine apparaît dans son compartiment sous la forme d’un « œil égyptien », image caractéristique qui permet de la distinguer d’une varice située plus en surface. Chez une personne sans maladie veineuse, son diamètre reste de quelques millimètres. Elle contient de nombreuses valvules, réparties tout au long de son trajet.

La crosse de la grande saphène, une zone stratégique

La jonction avec la veine fémorale porte le nom de crosse saphène, ou jonction saphéno-fémorale. On y trouve deux valvules importantes, dites terminale et préterminale, ainsi que plusieurs affluents : veine épigastrique superficielle, veine circonflexe iliaque superficielle, veines honteuses externes et, souvent, une veine saphène accessoire antérieure. C’est à ce niveau que débute le plus souvent un reflux, et c’est aussi la zone que le médecin surveille de près en cas de caillot.

Variations anatomiques à connaître

Tout le monde n’a pas la même grande saphène. Un dédoublement sur une partie du trajet, une saphène accessoire très développée ou une terminaison un peu décalée sont fréquents. Des travaux anatomiques publiés en 2006, conduits sur vingt pieds disséqués, ont précisé les repères de son origine au pied, utiles aux chirurgiens qui prélèvent la veine. Ces variations expliquent pourquoi une cartographie échographique précise précède tout geste thérapeutique.

À quoi sert la saphène interne dans le retour veineux ?

Remonter le sang des pieds jusqu’au cœur suppose de lutter contre la pesanteur. Trois mécanismes y contribuent. La semelle veineuse plantaire est comprimée à chaque pas. La contraction du mollet agit ensuite comme une pompe qui chasse le sang vers le haut. Enfin, les valvules, de petits clapets en forme de nid de pigeon, empêchent le sang de redescendre.

La saphène interne collecte le sang des tissus superficiels puis le transfère vers le réseau profond, soit directement à la crosse, soit par les perforantes. Sa part dans le débit global reste modeste. C’est la raison pour laquelle sa suppression ou sa fermeture, quand elle est malade, ne compromet pas la circulation de la jambe : le réseau profond prend le relais sans difficulté chez la plupart des patients.

Insuffisance de la grande veine saphène : varices et reflux

On parle d’insuffisance lorsque les valvules ne jouent plus leur rôle et que le sang reflue vers le bas en position debout. La pression augmente alors dans la veine, qui se dilate, puis dans ses branches, qui deviennent tortueuses et visibles : ce sont les varices. Le reflux de la grande veine saphène représente la situation la plus fréquente rencontrée en consultation de phlébologie.

Plusieurs facteurs favorisent cette évolution : antécédents familiaux, âge, grossesses, sexe féminin, station debout ou assise prolongée, surpoids, exposition fréquente à la chaleur. Les signes possibles sont variés, et leur intensité ne reflète pas toujours l’importance des lésions :

  • sensation de jambes lourdes, surtout en fin de journée ;
  • gonflement des chevilles le soir ;
  • crampes nocturnes, démangeaisons, impatiences ;
  • veines dilatées sur la face interne du genou, du mollet ou de la cuisse ;
  • à un stade avancé, peau brunie, eczéma, durcissement ou plaie près de la cheville.

Le diagnostic repose sur l’examen clinique et l’écho-Doppler veineux. L’angiologue mesure la durée du reflux, le diamètre de la veine et l’étendue de l’atteinte. Un reflux qui dépasse environ une demi-seconde est généralement considéré comme pathologique. La maladie est ensuite classée selon la classification internationale CEAP, qui va de l’absence de signe visible jusqu’à l’ulcère actif.

Thrombose superficielle de la saphène : quand consulter vite

Un caillot peut se former dans la grande saphène, le plus souvent sur une veine déjà variqueuse. Il se manifeste par un cordon dur, rouge, chaud et douloureux sur le trajet de la veine. Ce n’est pas une situation anodine : plus le caillot est proche de la crosse, plus le risque d’extension vers le réseau profond augmente. Un écho-Doppler rapide permet d’en mesurer l’étendue, et un traitement anticoagulant est souvent proposé. Un essoufflement brutal ou une douleur thoracique impose d’appeler le 15 sans attendre.

Lorsqu’un caillot finit par atteindre les veines profondes, les séquelles éventuelles à long terme relèvent d’un autre cadre, détaillé dans notre article consacré au Syndrome post-thrombotique.

Traitements des veines saphènes malades en 2026

Le choix dépend des symptômes, du diamètre de la veine, de son trajet, de l’âge et des souhaits du patient. Les techniques peu invasives réalisées sous anesthésie locale ont largement remplacé la chirurgie classique, sans la faire disparaître. Le tableau ci-dessous résume les options les plus courantes.

Approche Principe Points à retenir
Compression médicale Bas ou chaussettes exerçant une pression dégressive Soulage les symptômes, ne supprime pas le reflux
Radiofréquence ou laser endoveineux Une sonde chauffe la paroi de l’intérieur et referme la veine Anesthésie locale, reprise de la marche immédiate ; la radiofréquence a été évaluée par la HAS dès 2008
Sclérothérapie à la mousse Injection d’un produit qui irrite la paroi et la fait se fermer Sans incision, utile sur certains trajets ou récidives
Colle biologique Occlusion de la veine par un adhésif médical Sans chaleur, ce qui limite l’anesthésie par infiltration
Chirurgie (crossectomie, éveinage) Ligature à la crosse puis retrait de la veine Encore indiquée pour des veines très larges ou sinueuses
Stratégies conservatrices (CHIVA, ASVAL) Traiter les varices ou les points de fuite en gardant la saphène Préservent un éventuel futur greffon

La compression garde une place à chaque étape : en attendant une intervention, après le geste ou chez les personnes qui ne souhaitent pas être opérées. Le niveau de pression, les indications et la manière d’enfiler ces dispositifs sont présentés dans notre guide sur les Bas de contention classe 2.

Avant toute intervention, l’équipe vérifie les traitements en cours, les antécédents de thrombose et, selon le contexte, un bilan sanguin. Si ce bilan révèle une anomalie, par exemple un globule blanc bas, elle doit être discutée avec le médecin avant de fixer la date du geste. Après le traitement, des ecchymoses, une sensation de tiraillement sur le trajet ou une petite zone de peau engourdie, liée à la proximité du nerf saphène, peuvent apparaître et s’estompent en général en quelques semaines.

La grande saphène, un greffon précieux pour les pontages

Longue, de calibre régulier et facile à prélever, la grande saphène est l’un des vaisseaux les plus utilisés pour réaliser un pontage aorto-coronarien. Le chirurgien en prélève un segment, le plus souvent à la cuisse ou à la jambe, puis le branche de façon à contourner l’artère coronaire rétrécie. Elle sert aussi de greffon lors des pontages artériels des membres inférieurs.

Cet usage explique l’intérêt porté aux techniques qui conservent la veine lorsqu’elle est encore de bonne qualité. Il faut toutefois rappeler qu’une saphène très dilatée ou variqueuse ne fait pas un bon greffon. Les patients traités par angioplastie plutôt que par pontage se posent d’autres questions après leur sortie, comme celle de l’Essoufflement après pose de stent, qui mérite toujours d’être signalé au cardiologue.

Erreurs fréquentes sur la grande saphène et conseils pratiques

Plusieurs idées reçues compliquent la compréhension de cette veine. Voici celles que l’on entend le plus souvent en consultation :

  • Confondre la saphène et les varices. Les varices visibles sont souvent des branches ; la grande saphène insuffisante, elle, peut rester invisible sous la peau tout en étant à l’origine du problème.
  • Croire que fermer la veine empêche le sang de circuler. Le réseau profond assure le retour veineux, la jambe ne manque pas de sang après le traitement.
  • Attribuer toute douleur de cuisse à la saphène. La veine chemine sur la face interne. Une Douleur derrière la cuisse juste sous le fessier relève bien plus souvent d’une origine musculaire, tendineuse ou sciatique.
  • Masser un cordon dur et rouge. Ce geste est déconseillé tant qu’une thrombose n’a pas été écartée par un examen.
  • Ne traiter que l’aspect esthétique. Supprimer des varices sans corriger le reflux de la saphène expose à des récidives rapides.

Au quotidien, quelques habitudes limitent les symptômes : marcher régulièrement, activer le mollet lors des longues périodes assises, surélever les jambes le soir, éviter les bains très chauds et les expositions prolongées au soleil, surveiller son poids. Elles ne font pas disparaître un reflux installé, mais améliorent nettement le confort. Une consultation spécialisée s’impose devant une jambe qui gonfle d’un seul côté, une plaie qui ne cicatrise pas, un saignement de varice ou un cordon douloureux.

Grande saphène : réponses aux questions des patients

Peut-on vivre normalement sans grande saphène ?

Oui. Lorsque la veine est malade, elle ne participe plus utilement au retour du sang, et le réseau profond assure ce travail. Sa fermeture ou son retrait n’empêche ni la marche ni le sport. La seule conséquence à garder en tête est qu’elle ne pourra plus servir de greffon pour un éventuel pontage.

Grande saphène et saphène interne, est-ce la même veine ?

Oui, il s’agit du même vaisseau. Saphène interne est l’appellation traditionnelle française, grande veine saphène le terme recommandé par la nomenclature internationale, et great saphenous vein son équivalent anglais. On trouve aussi l’abréviation GVS sur les comptes rendus.

Une grande saphène dilatée est-elle dangereuse ?

Une dilatation traduit le plus souvent une insuffisance veineuse, qui est une maladie chronique et évolutive mais rarement urgente. Elle mérite un suivi, car elle peut entraîner des symptômes gênants, des modifications de la peau ou une thrombose superficielle. Le médecin évalue le besoin de traitement selon les signes et les résultats de l’écho-Doppler.

Le traitement d’une saphène insuffisante fait-il mal ?

Les techniques endoveineuses se pratiquent en général sous anesthésie locale, et la plupart des patients décrivent une gêne modérée. Une sensibilité ou un tiraillement le long de la cuisse peut durer quelques jours. Les antalgiques simples et la marche suffisent le plus souvent.

Les varices peuvent-elles revenir après le traitement de la saphène ?

C’est possible. La maladie veineuse reste chronique : d’autres veines peuvent devenir insuffisantes avec les années, et de petits vaisseaux peuvent se développer près de la zone traitée. Un contrôle échographique régulier permet de repérer ces récidives tôt et de les traiter par des gestes souvent plus simples.